Chorus N°32

Un grand merci à Fred Hidalgo et à Chorus pour nous permettre de publier l’introduction au dossier spécial sur Graeme Allwright. Ce texte a été choisi par Graeme car il est un reflet très fidèle de son parcours écrit sous la plume d’un de ses amis. Seules, quelques dates ont été réactualisées. « Introduction au dossier spécial Graeme Allwright de « Chorus, Les Cahiers de la chanson » (n° 32, été 2000, 32 pages), toujours disponible à la revue (BP 28, 28270 Brézolles)

ENTRE OMBRE ET LUMIÈRE par Fred HIDALGO et Marc LEGRAS

D’abord, il y a sa voix : un timbre personnel qui accroche l’oreille, avec un accent qui intrigue et donne envie d’en savoir plus ; puis on apprend son nom, un patronyme anglo-saxon qu’on a quelque peine à saisir au début, dont la traduction étymologique – prédestination ? – est « homme à tout faire ».Il y a ensuite cette interprétation inhabituelle, ces mots martelés en rythme, cette force de conviction, surtout, qui emporte l’adhésion. Il y a, bien sûr, cette chanson, « Qui a tué Davy Moore ? », qui interpelle irrésistiblement, banjo et contrebasse aidant, au milieu des tubes yéyés déversés par le transistor. On est alors en 1966 et cette adaptation d’une chanson de Bob Dylan va rendre Graeme Allwright célèbre auprès de toute une jeunesse… qui lui restera fidèle à jamais. Trente-cinq ans après ses débuts (à la Contrescarpe, en 1965, année de son premier album), Graeme continue en effet de chanter, avec la même fraîcheur et le même bonheur de partage, devant des salles toujours combles. L’homme n’a pourtant rien d’une vedette du show-business. Tout en lui, dans sa vie et son oeuvre, concourt au contraire à le rendre on ne peut plus atypique. Ni en marge (car il enregistre, additionne les disques d’or, se produit à Bobino, à l’Olympia, au Palais des Sports…), ni dans le star system (un milieu qu’il déteste pour son hypocrisie et dans lequel il détonne).

Venu en 1948 de Nouvelle-Zélande pour apprendre le métier de comédien en Angleterre, il fera nombre de petits boulots en France entre deux périodes consacrées au théâtre. Lorsqu’il se tourne finalement vers la chanson, il se trouve déjà au seuil de la quarantaine. Le succès venu et confirmé par son troisième album, Le Jour de clarté (1968), désorienté autant par les obligations du métier que par ces foules de jeunes qui reprennent ses chansons en choeur et l’acclament comme un héros, il prend brusquement la route. Egypte, Soudan, Ethiopie… Le temps d’enregistrer le nouvel opus que sa maison de disques lui réclame à cor et à cris, et le voilà reparti. En Inde, cette fois, où il voyage en solitaire… C’est le choc de sa vie. Il n’aura de cesse, dès lors, de mettre celle-ci au diapason de la chanson, c’est-à-dire de vivre ce qu’il chante et de chanter ce qu’il vit. Avec des coups durs et des moments miraculeux, des chansons originales (à la tonalité country-folk en général) qui entreront directement dans la mémoire collective, et de formidables adaptations (Guthrie, Reynolds, Paxton, Seeger… mais surtout Leonard Cohen).

Après des remises en question successives, la rencontre de musiciens malgaches, à la fin des années 70, va lui apporter un souffle musical nouveau qui le propulsera, vingt ans durant – malgré le silence persistant des médias à son égard – sur toutes les scènes de l’espace francophone. Avec Tant de joies, enregistré avec le Glenn Ferris Quartet (son 18e album en 35 ans, dont quatre en public), il revient à la musique de son adolescence néo-zélandaise, le jazz. A 79 ans, Graeme Allwright reste plus que jamais ouvert aux autres et aux nouvelles aventures. Pour chanter la Terre et les hommes, encore et toujours, et enchanter le monde comme personne.

Fred HIDALGO

 

(Photos Francis Vernhet)

LES DIFFÉRENTS CHAPITRES DU DOSSIER

La biographie et l’oeuvre : 18 pages (F. Hidalgo et M. Legras) Entre Ombre et lumière
Les « Repères » : 1 page
L’entretien (Marc Legras : 8 pages) « Vivre… ? C’est bouger ! »