L’Internationale

Étendard des révolutions du monde entier et symbole puissant de la Commune de Paris, L’Internationale a longtemps été l’un des chants les plus subversifs qui soient. Chanté lors des Internationales ouvrières, il est même devenu le symbole de la révolution bolchevique de 1917 au 15 mars 1944, l’hymne officiel de l’Union soviétique, avant d’être remplacé par un chant russe qui avait les faveurs de Staline en personne. Ancrée en Russie, l’Internationale est pourtant peu chantée pendant la révolution bolchevique. Curieusement, le chant de guerre que les révoltés russes s’approprient et brandissent, c’est la Marseillaise ! Des marins du Potemkine aux mutins de la mer noire, c’est le chant de la Révolution française qu’ils reprennent en choeur lors des combats. Il est vrai que l’Internationale est un hymne plus profond, en un sens bien plus politique. A chaque fois qu’il est entonné, il s’agit avant tout de bien montrer le caractère international de la révolution socialiste et prolétarienne.

L’auteur de L’Internationale, Eugène Pottier, a souvent été qualifié de « Poète du peuple ». Il naît à Paris le 4 octobre 1816. Bien qu’il ait fréquenté l’école des bons pères, il s’ouvre sans doute aux idéaux révolutionnaires lors des dramatiques journées de 1830, les trois Glorieuses. Malgré ses quatorze ans, on dit qu’il fait son apprentissage politique sur les barricades de la capitale. Non loin de lui, Berlioz prépare les arrangements de La Marseillaise… En 1871 c’est la commune de paris. Le sang, la poudre, la terrible répression versaillaise. Pottier prend conscience du drame qu’il vit et de ses répercussions historiques. C’est là qu’il écrit L’Internationale.

Condamné et recherché pour ses textes et ses prises de position, il se réfugie en Belgique, puis pendant deux ans en Angleterre. En 1873, il embarque pour le Nouveau Monde et reste deux ans à Boston. Là, militant farouche de la classe ouvrière, il rejoint les rangs du Labour Party. Franc-maçon, il adhère à la loge des Egalitaires, constituée par d’anciens communards proscrits comme lui. En 1880, une amnistie lui est accordée et c’est le retour en France. Mais Pottier ne parvient plus à vivre à Paris et se voit contraint de retourner en Angleterre, à Manchester. C’est là qu’il meurt, dans la misère la plus totale, en 1887.

Aux cris de « Vive Pottier ! Vive la Commune ! », son enterrement est l’occasion d’une immense manifestation qui rassemble plus de dix mille personnes. Les affrontements avec la police sont violents. Un an plus tard, en 1888, Gustave Delory, le maire socialiste de Lille, demande à Pierre Degeyter, ouvrier et compositeur amateur lillois d’origine belge, de mettre le poème en musique. Installé au café de La Liberté, ce dernier compose en trois jours une mélodie qu’il adapte au texte original de L’Internationale. En juin, sous la direction de Degeyter lui-même, une société musicale, la lyre des travailleurs, interprète pour la première fois ce qui deviendra le plus représentatif et le plus mondialement connu des hymnes révolutionnaires.

L’INTERNATIONALE Paroles d’Eugène Pottier (1816-1887)- Musique de Pierre Degeyter (1848-1932) – Créé en 1888
Debout les damnés de la terre !
Debout les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C’est l’éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

C’est la lutte finale :
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale
Sera le genre humain. (bis)

Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni Dieu, ni césar, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

refrain

L’Etat comprime et la loi triche ;
L’impôt saigne le malheureux ;
Nul ne devoir ne s’impose au riche ;
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois ;
« Pas de droits sans devoirs », dit-elle,
« Egaux, pas de devoirs sans droits »

refrain

Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail :
Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû.

refrain

Les rois nous soûlaient de fumées,
paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

refrain

Ouvriers, paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
L’oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais, si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins, disparaissent,
Le soleil brillera toujours !

refrain