La Marseillaise en 30 dates

Septembre 1792 La Marseillaise est officiellement agréée par le ministère de la Guerre et entre dans le répertoire militaire. Ce caractère national ne sera jamais officiellement abrogé jusqu’à nos jours. Seul son usage restera sujet aux régimes politiques en place.

Janvier 1795 Le réveil du peuple (paroles de Jean-Marie Souriguière de Saint-Marc, musique de Pierre Gaveaux) s’en prend aux Jacobins et s’oppose à La Marseillaise. Ce chant est interdit le 8 janvier 1796 (18 nivôse an IV).

14 Juillet 1795 (26 messidor an III) Un décret de la Convention déclare La Marseilllaise « chant national »

1800 Après avoir été le chant de ralliement des armées de Bonaparte (campagne d’Italie), La Marseillaise tombe en disgrâce et Napoléon 1er impose un nouvel hymne : Veillons au salut de l’Empire.

1812 La défaite de Russie incite Napoléon à réintroduire La Marseillaise

1814 Louis XVIII interdit La Marseillaise et la remplace par deux chants royalistes : Vive Henri IV*** (surmommé « La Marseillaise des honnêtes gens »), et Charmante Gabrielle. ***Vive Henri IV : chanson grivoise. Les paroles sont changées pour être plus « respectables » et ce nouveau texte s’intitule « La Marseillaise des honnêtes gens »)

15 mars 1815 Les Cent-Jours font resurgir La Marseillaise, tout comme Veillons au salut de l’Empire.

1816 La Marseillaise est remplacée par le Chant français pour servir d’hymne national.

1826 Rouget de Lisle est emprisonné, même si « c’est à la Nation toute entière à rougir des malheurs qui n’ont cessé d’accabler l’auteur de la Marseillaise ».

28 juillet 1830 La révolution de Juillet (illustrée par La Liberté guidant le peuple de Delacroix) impose à nouveau La Marseillaise dans la rue. Berlioz en signe un arrangement pour solistes et double choeur. La monarchie de Juillet lui préfère cependant La Parisienne (chant populaire allemand, paroles de Delavigne) qui n’arrive pas à s’imposer.

1832 Parce qu’elles incarnent la contestation, La Marseillaise et La Parisienne sont interdites au profit de La Française (paroles de Rousselon, musique de Traullé). Les républicains emprisonnés continuent de chanter La Marseillaise.

1836 Mort de Rouget de Lisle.

Eté 1840 La crise de l’Orient entraîne une flambée nationaliste en Europe qui fait resurgir momentanément La Marseillaise comme ferment d’unité nationale. Dans le même temps, La Marseillaise est chantée par tous ceux qui cherchent à faire tomber Louis-Philippe.

1848 La deuxième République tente, sans succès, d’organiser un concours pour la composition d’un nouvel hymne national. Ce régime tombe sans avoir eu le temps de prendre position et d’établir un nouvel hymne. Le « Printemps des peuples » fait retentir La Marseillaise aux quatre coins de l’Europe.

2 décembre 1852 Interdiction dans les lieux publics de La Marseillaise (sans pourtant de décret officiel) au profit de Partant pour la Syrie (romance de 1809 attribuée à la mère de Napoléon III). La Marseillaise accompagne les déportés du Second Empire sur le chemin du bagne. En octobre 1868, un nouveau concours est organisé pour la composition d’un hymne officiel.

1870 Le conflit contre la Prusse incite les armées de Napoléon III à faire appel à La Marseillaise. Ce sursaut national touche rapidement les scènes de l’opéra. Les paroles sont adaptées pour en gommer l’aspect républicain. Même après la défaite de Sedan et la proclamation de la IIIème République (4 septembre 1870), le peuple continue de chanter La Marseillaise, notamment en 1871 pendant la Commune de Paris. Le mouvement ouvrier européen adopte La Marseillaise face aux « traîtres » et aux « rois conjurés ». Certains révolutionnaires commencent cependant à la refuser. Louise Michel déclare : « L’Empire l’a profanée, nous autres révoltés, nous ne la disons plus ». Les dirigeants de la IIIème République ne se reconnaissent d’hymne officiel.

14 février 1878 La Marseillaise est reconnue officiellement comme « hymne national français » sous la pression des républicains majoritaires à l’Assemblée.

1887 Une « version officielle » est adoptée par le ministère de la Guerre après avis d’une commission (présidée par Ambroise Thomas).

1888 Les révolutionnaires et les ouvriers lui préfèrent L’Internationale, chant « antinational ». A l’étranger, La Marseillaise continue d’incarner l’esprit révolutionnaire.

1914 haut Union sacrée autour de l’hymne national.

14 juillet 1915 Transfert des cendres de Rouget de Lisle (« symbole de l’unité nationale » dira Poincaré) aux Invalides.

1919 Les communistes refusent à nouveau de chanter La Marseillaise, au profit de l’Internationale.

1935 Les socialistes et communistes s’allient et décident de se réapproprier La Marseillaise en la « réconciliant » avec l’Internationale.

1939 Réalisation, par Jean Renoir, du film La Marseillaise pour le cent cinquantenaire de la Révolution.

1940 Le régime de Vichy s’approprie dans un premier temps La Marseillaise, mais lui préfère finalement le Maréchal nous voilà ! L’occupant interdit aux Français de chanter La Marseillaise sans que Vichy ne proteste. L’hymne national devient alors un des hymnes des résistants.

13 septembre 1944 Après la Libération, une circulaire du ministère de l’Education nationale préconise de faire chanter La Marseillaise dans les écoles pour « célébrer notre libération et nos martyrs ».

1948 La Constitution réaffirme le caractère d’hymne national de La Marseillaise.

4 octobre 1958 haut L’article 2 de la Constitution mentionne explicitement La Marseillaise comme hymne national.

1974 Le Président Valéry Giscard d’Estaing souhaite que l’on revienne à une exécution plus proche des origines de l’oeuvre : il demande à Roger Bouty de réharmoniser l’hymne avec un tempo plus lent, et d’alléger les percussions (« avec trompettes mais sans tambours »).

1981 Le Président François Mitterrand revient à la version officielle de 1887, au titre d’une certaine « réconciliation nationale ».